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Date de mise à jour: 12/03/10

Histoire de la broderie perlée

La fabrication de la perle de verre est fort ancienne. Certains disent 3000 ans avant J.-C. Elle était produite dans de nombreux pays d'Asie, ainsi que dans les pays du pourtour méditerranéen et, pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir de la profusion de perles de verre que l'on peut admirer sur les fresques et dans les tombes égyptiennes. Utilisée dans la confection des bijoux, la perle a également servi à enrichir de nombreuses broderies. Au cours des siècles, plusieurs sortes de perles coexistent : les perles fines, les perles baroques, les perles de verre, les perles fantaisies en bois, en coquillages, en graines ou en terre cuite puis, vernissées et de nos jours, en résine et en plastique.

En 270/275 de notre ère, l'empereur Aurélien fait orner sa toge, avec un luxe extraordinaire, puisque l'on raconte que l'or et les perles étaient largement utilisés. Une mention est faite au Xe siècle, de broderies perlées en écosse et en 1207, de brodeurs français réalisant des reliures de livres en soie, en velours et en satin semées de fleurs brodées d'or et de perles. Dans la bibliothèque de Jean, Duc de Berry les bibles et psautiers sont recouverts de tissus précieux, brodés de fils d'or et d'argent, rehaussés de perles voire de corail. Au XIVe siècle, en Espagne, période où l'occupation sarrasine a laissé le plus de traces, la broderie d'or battu, s'étale en plaques serties d'un ou de plusieurs rangs de perles. En France, en 1414, Charles d'Orléans achète pour 276 livres, 960 perles destinées à orner une houppelande dont les manèges sont brodées d'une chanson. Les portées sont en broderie d'or et chaque note est formée de quatre perles. Les gants et les chaussures s'ornent également de broderies perlées. Au XVIe siècle, les Vénitiens, habiles verriers, brodent, tout comme les égyptiens bien avant eux, avec des perles de verre coloré. Le dessin de ces broderies s'inspire des mosaïques. Lors de la mort du roi Henri II, son épouse la reine Catherine de Médicis fait construire un lit de deuil. Il est décrit de la façon suivante "un lict de velours noir, brodé reparles, semé de croissants et de soleils... Trois rideaux de damas à rinceaux fond d'or et d'argent, lesquels sont franges de broderies de perles sur les costés". La reine, Marie de Médicis, possède un livre, écrit en 1629 "La vie de sainct Denis, apostre de la France, faicte en vers françois, dédiée à la Reine, mère du Roy par Madame l 'Abbesse de Montmartre. Parmi les matériaux utilisés, canetille or, cordonnet or, filé or et fils de soie, on trouve aussi des perles de nacre.

Un autre livre, daté de 1637, relié de satin violet, orné des monogrammes du Christ et de la Vierge et très richement brodé avec des fils et des points différents, est agrémenté de perles de nacre et de corail tout comme celui écrit en 1650 par les P.P. de la Compagnie de Jésus sur "Les Saints devoirs de l'âme dévote ". Pour le baptême de Louis XIII, Henri IV son père, se fait faire un vêtement de drap d'or à ramages brodé d'une si grande quantité de perles, qu'il a dû débourser 8.000 écus pour les perles et 6.000 écus pour le drap soit, près de 2.900.000 de nos francs. On cite, comme réalisé avec de fabuleuses broderies, le baldaquin entouré de courtines protégeant le Coran et l'étendard de Mahomet que Sobieski, roi de Pologne, prit aux Turcs en 1683 lors du siège de Vienne. L'étoffe en brocard de Smyrne à fond d'or était brodée des versets du Coran écrits en turquoises et en perles fines.

En 1763, le couvre-livre du " Calendrier de la Cour tiré des éphémérides, contenant le lieu, le lever et le coucher du soleil... " est entièrement brodé en perles de verre. Ces perles polychromes représentent un bouquet de boutons de roses serré dans un ruban noué, une frise court tout le long de la bordure, les échinions sont ornés de fleurons. La pièce de broderie que le rajah de Boroda, Kindérao, envoie en 1847 au tombeau de Mahomet, est composée d'un voile entièrement brodé de perles et de pierres précieuses disposées en arabesque, ayant coûté la somme ahurissante de 25 millions de francs ! Les couvertures de livres brodées de perles réapparaissent lors de l'exposition "Livres en broderie " organisée par la Bibliothèque de l'Arsenal en 1995. Le brodeur, François Lesage, offre à cette occasion un couvre-livre de toile de lin écrue brodée, façon Lunéville, de perles tubulaires style 1925, tandis que Natacha Wolster brode d'une mosaïque de perles un couvre-livre en satin, façonné de laine noire.

La broderie perlée dans le monde

Les femmes albanaises brodaient avec des fils d'or et d'argent et utilisaient de fines bandes de métal retenues par couchure à grands points. Des perles de verre sphériques ou tubulaires étaient parfois fixées sur le tissu par des points droits. En Uzbekistan, les bonnets des femmes de cette région étaient brodés sur du velours avec des perles cousues au petit point, des paillettes retenues par trois points lancés et des fils métalliques par couchure.

On trouvait également des chemises d'hommes dont le plastron, à dessins géométriques traditionnels, était entièrement brodé de perles de verre blanches, rouges et noires. Chez les Dolgans de Sibérie, la peau de renne épilée, parfois peinte, était décorée de broderies de crin, d'applications de cuir et de perles cousues en lignes obliques et maintenues par un point lancé. On trouve, au Brésil, une broderie perlée spécifique du Haut-Bassin Amazonien et, chez les Indiens Tukano chaque perle de broderie est retenue par un point. La symétrie et le décor en escalier rappellent la façon de travailler de l'Afrique du Nord et de l'Afrique Orientale.

Les Indiens Séminoles de l'Oklahoma portaient des chemises ornées de motifs floraux en broderies perlées. Chaque perle était maintenue par un long point avant et chaque motif était répété deux fois verticalement. Les longues coutures extérieures des jambières, portées sous la jupe étaient cachées par des broderies en continu de fleurs et de feuilles bordées d'une fine rangée de minuscules perles blanches. Les indiennes Dakotas appelées aussi Sioux, étaient expertes dans la broderie de perles. Les motifs géométriques ou figuratifs avaient une valeur symbolique. L'ours et le buffle avaient une place importante dans leurs croyances. Les indiennes Assiniboins, sous-groupe séparé au XVIIIe siècle des Dakotas, réalisaient des broderies de perles à motifs géométriques, alignées par groupes sur les chemises des hommes, leurs jambières, leurs ceintures, les mocassins et les robes des femmes. La symbolique de leur croyance se retrouvait dans leurs broderies avec les deux divinités principales : le soleil et le tonnerre.

En Afrique, le coquillage de porcelaine est toujours utilisé en broderie. Il est choisi dans une taille de 2,5 cm de long, il est percé avant d'être cousu sur un support par deux longs points avant. Les femmes de la tribu des Merus au Kénya utilisaient pour leurs broderies des perles mélangées de morceaux de porcelaine. Celles de la tribu Tharaka ornaient leur carrelet de cuir de rangées horizontales de porcelaine et de perles. Les Masaïs portaient des vêtements de cuir brodés de motifs géométriques réalisés avec des perles de couleurs vives avec, bien souvent, des porcelaines. Des perles de plastiques sont cousues, par les femmes Zoulous, sur des supports de cuir à grands points avant. Le décor est formé de cercles divisés et répétés en frises. Utilisée dans leur costume traditionnel, cette broderie se retrouve sur les harnais et les ceintures que portent les hommes. Les hommes Bakubas du Zaïre tissaient et les femmes brodaient à l'aide d'un brin de raphia longuement assoupli. Les masques en cuir des grandes cérémonies étaient brodés de coquilles, de porcelaine et de perles cousues à longs points lancés. Pratiquant le culte des ancêtres, les Yorubas du Nigeria, du Bénin et du Togo ont des costumes brodés de perles de couleurs, que l'on retrouvait dans la partie haute et conique de leur coiffure, les bâtons de cérémonie et les bracelets de cuir. Des lignes parallèles, des zigzags, des motifs géométriques, des faciès grimaçants étaient brodés dans le but d'impressionner les fidèles.